L'instinct théâtral Evreinov

L’instinct théâtral d’Evreinov : transformation, théâtrothérapie et résistance sociale

Pourquoi ressentons-nous ce besoin inné de jouer un rôle, comme si notre équilibre psychique en dépendait autant que de notre faim ? Cette interrogation centrale fonde l’instinct théâtral Evreinov, définissant la scène non pas comme un simple lieu de spectacle, mais comme l’espace vital d’une transformation biologique nécessaire. Cette lecture vous dévoilera comment la théâtralité devient une thérapie indispensable pour se réinventer et résister aux carcans que la société tente de nous imposer.

Points essentiels à retenir

  • L’instinct théâtral selon Evreinov est un besoin fondamental : il précède l’art, le spectacle et la littérature. Jouer et se transformer est une nécessité biologique aussi vitale que la faim.
  • Le théâtre n’est pas une imitation du réel, mais un acte de transformation. Il crée une réalité autonome, fondée sur l’énergie du jeu et la métamorphose ici et maintenant.
  • L’acteur est le moteur central de l’instinct théâtral. Par le corps et le jeu conscient, il incarne physiquement la transformation, loin de toute approche psychologique ou naturaliste.
  • Evreinov rejette le théâtre naturaliste, qu’il juge stérile et aliénant, car il nie la pulsion humaine de métamorphose et soumet la scène à la simple reproduction de la réalité.
  • La théâtrothérapie est au cœur de sa pensée : en jouant un autre, l’individu répare son identité fracturée. Le jeu devient un outil de guérison et de réenchantement du quotidien.
  • La catharsis selon Evreinov est active et participative, contrairement à la catharsis aristotélicienne. La libération naît de l’engagement direct dans le jeu, non de l’observation passive.
  • Le “théâtre pour soi” est un acte intime de liberté, permettant à chacun de choisir consciemment ses rôles pour mieux vivre et affronter le réel.
  • La “théatrocratie” désigne l’oppression sociale par les rôles imposés. Elle étouffe l’instinct créateur et transforme les individus en figurants conformes.
  • L’instinct théâtral devient un acte de résistance sociale, célébrant la transformation comme une force vitale, curative et émancipatrice, incarnée aujourd’hui par des lieux comme L’Instinct Théâtre à Paris.

 

L’instinct théâtral selon Evreinov

Nicolas Evreinov définit le théâtre comme un instinct fondamental, antérieur à toute forme artistique, fondé sur le besoin humain de transformation et de métamorphose. Il défend un théâtre affranchi de la littérature, où la scène, le corps de l’acteur et l’acte de transformation priment sur le texte et le récit.

L’instinct théâtral d’Evreinov : une pulsion humaine pré-esthétique

Pour Nicolas Evreinov, le théâtre dépasse largement le cadre artistique classique. C’est une pulsion brute, un besoin viscéral de transformation ancré en nous. Cet instinct théâtral evreinov est fondamentalement « pré-esthétique ». Il existe bien avant la moindre notion de spectacle ou de performance.

Regardez un enfant jouer ou observez les rituels primitifs, c’est frappant. Cette volonté de métamorphose est universelle et omniprésente. L’humain cherche constamment à devenir autre chose.

Cette vision replace l’acte de jouer au cœur même de notre humanité. Ce n’est pas copier la vie. C’est une nécessité biologique, aussi vitale que la faim.

Le « théâtre en tant que tel » : une quête d’autonomie

Evreinov voulait absolument arracher le théâtre aux griffes de la littérature. Pour lui, une pièce ne se résume pas à des mots mis en scène. Le texte n’est qu’une partition.

Le « théâtre en tant que tel » impose ses propres lois, celles du plateau. La vraie théâtralité, c’est l’énergie de la transformation ici et maintenant. Oubliez la page écrite.

Voici pourquoi cette autonomie change tout pour la scène :

  • La primauté absolue de la transformation sur le simple récit.
  • Le rôle central de l’acteur comme agent physique de métamorphose.
  • La création d’une réalité scénique brute, et non une pâle copie du réel.

 

Scène théâtrale

La transformation : moteur de l’instinct théâtral

Chez Nicolas Evreinov, l’acteur est le moteur central de l’instinct théâtral. Par le corps et le jeu conscient, il incarne une force de métamorphose opposée au naturalisme, privilégiant la transformation vivante à la simple imitation du réel.

L’acteur au cœur du processus de métamorphose

Oubliez l’interprète passif ou le psychologue du dimanche. Pour Evreinov, l’acteur est le véritable héros, le véhicule brut de cet instinct de transformation. Son travail n’est pas intellectuel, c’est une pulsion physique qui traverse le corps pour modifier le réel.

Le frisson ne vient pas d’une illusion parfaite, mais de la conscience assumée du jeu. Le spectateur et l’acteur communient dans la joie pure de voir un être humain en train de devenir sciemment un autre.

C’est ce mouvement de changement qui définit l’instinct théâtral evreinov, pas le résultat figé.

  • La magie du théâtre. Au carnaval tout le monde est jeune – même les vieux. Au carnaval
    tout le monde est beau – même les laiderons. (Evreinov)
  • Le jeu crée
    l’ordre, est ordre. Au sein d’un monde imparfait et au milieu de la confusion de la vie, il apporte une perfection provisoire et limitée. (Huizinga)

Une rupture nette avec le théâtre naturaliste

Evreinov s’oppose frontalement au théâtre de son époque. Il déteste le naturalisme qui cherche désespérément à « copier la vie ». Pour lui, c’est une impasse artistique totale.

Pourquoi reproduire sur scène ce qui est déjà plat, laid et ennuyeux dans la réalité ? Le théâtre doit être une évasion, une rébellion.

  • Il nie la pulsion de transformation qui est l’essence de l’homme.
  • Il soumet le théâtre à la dictature de la réalité au lieu de créer son propre univers.
  • Il oublie que le public vient pour voir un jeu, pas un documentaire.

La théâtrothérapie chez Evreinov : guérir par l’instinct théâtral

Pour Nicolas Evreinov, la théâtrothérapie repose sur l’instinct théâtral comme force de guérison. Par le jeu, la participation active et la transformation, le théâtre devient un outil cathartique capable de réparer l’individu et de réenchanter le réel.

Guérir l’âme par le jeu et la transformation

Voici le cœur de la théâtrothérapie, où l’instinct théâtral Evreinov prend tout son sens curatif. Evreinov ne voit pas le jeu comme un simple divertissement, mais comme un outil médical concret. En incarnant un autre, on répare son propre « moi » fracturé.

Regardez simplement les protagonistes de la pièce La Comédie du Bonheur. Ils échappent à leur misère crasse en adoptant des masques salvateurs qui modifient leur réalité. Le mensonge scénique devient alors leur seule vérité vivable.

Le théâtre agit ici comme un antidote violent contre la laideur du quotidien. On réenchante l’existence morne par la fiction.

Une nouvelle forme de catharsis

Oubliez ce qu’Aristote vous a appris sur la tragédie classique et ses règles figées. Chez les Grecs, on purge les passions en regardant souffrir un héros lointain depuis son siège. Le spectateur reste passif, en sécurité, vivant une décharge par procuration.

Pour Evreinov, cette distance confortable est une erreur qui limite l’impact de l’art. La véritable libération exige une catharsis par la participation active et directe. Il faut monter sur le plateau, physiquement ou mentalement, pour briser ses chaînes.

On ne cherche pas ici la pitié larmoyante ni la terreur sacrée des anciens. La guérison jaillit de la joie pure de la transformation partagée. C’est l’énergie créatrice du jeu qui nettoie l’inconscient.

Le théâtre comme acte de résistance sociale

Nicolas Evreinov oppose le « théâtre pour soi », acte intime et libérateur de transformation personnelle, à la « théatrocratie », système social qui impose des rôles figés. L’instinct théâtral devient alors un geste de résistance, permettant à l’individu de reprendre le contrôle de sa propre mise en scène et de sa liberté créatrice.

Le « théâtre pour soi » face à la scène sociale

Loin des planches, l’instinct théâtral Evreinov se manifeste d’abord dans l’intimité. C’est le concept fondamental du « théâtre pour soi », cette impulsion vitale où chacun de nous incarne, souvent sans le savoir, des personnages pour affronter le réel.

Mais une distinction majeure s’impose ici. La société tente de nous plaquer des masques sociaux rigides, alors que le « théâtre pour soi » est un acte conscient de choisir ses propres rôles pour embellir sa vie, pour la rendre plus supportable ou plus intense.

Que chaque instant soit théâtre ! (Evreinov)

C’est, en somme, reprendre brutalement le contrôle de sa propre mise en scène.

La « théatrocratie » ou la tyrannie des rôles imposés

Evreinov va plus loin en dénonçant ce qu’il nomme la « théatrocratie ». Il ne s’agit pas d’une métaphore légère, mais de sa vision d’un système où le pouvoir impose des scénarios et des rôles stricts à l’ensemble de la population.

Ce régime social étouffe l’individu sous des conventions pesantes et artificielles. Il massacre l’instinct créateur brut pour le remplacer par une conformité grise, sans joie, où nous ne sommes que des figurants dociles.

Voici les mécanismes de cette oppression invisible :

  1. L’imposition de rôles sociaux figés et obligatoires pour tous.
  2. La sanction sociale immédiate de ceux qui refusent de jouer le jeu.
  3. Le triomphe de l’imitation servile sur la transformation créatrice personnelle.

Retrouvez l’integralite du document concernant l’instinct théâtral Evreinov sur ce site: https://theatralite.uqam.ca/prive/assets/download/theatralite_pdf/textes_th/instinct-theatral.pdf 

 

FAQ

Qu’est-ce que l’Instinct Théâtral selon Evreinov ?

C’est le moteur fondamental de l’être humain, le désir de se transformer, de jouer des rôles, de ne pas être soi-même mais de devenir autre (personnage, objet, etc.). 

Pourquoi Evreinov appelle-t-il le théâtre un « pré-art » ?

Car il le considère comme une manifestation primitive et universelle de la vie, une forme de jeu et de transformation qui existait avant les arts codifiés, comme une sorte d’art de la transformation par opposition à l’art de la formation. 

Quel est le rôle de cet instinct dans la vie quotidienne ?

Il s’exprime dans nos jeux, nos rituels, nos mythes et nos vies sociales, où nous adoptons des masques et des rôles, transformant le réel en spectacle. 

Comment se distingue-t-il des règles du théâtre classique (unités, vraisemblance) ?

Evreinov rejetait ces règles (unité de temps, de lieu, d’action) qu’il voyait comme des contraintes artificielles. Pour lui, l’instinct théâtral transcende ces limites, cherchant la transformation et l’expression libre plutôt que la vraisemblance. 

Quelle est la portée de cette théorie ?

Elle cherche à réintégrer le théâtre dans la vie même, à voir le théâtre non pas comme une forme d’art parmi d’autres, mais comme le fondement même de l’existence humaine et une source potentielle de thérapie (la théâtrothérapie).